Pourquoi et comment cultiver la non-violence (ahimsa) ?

Mis à jour : févr. 29

Dans mon dernier article, je m’attaquais à un préjugé monumental du yoga. Aujourd’hui, on parle violence et non-violence (ou en sanscrit : ahimsa). Saviez-vous que la violence est partout ? Dans votre vie. Dans votre tête. Peut-être même qu’en cet instant, vous êtes violent sans le savoir. Mais rassurez-vous, il y a moyen d’harnacher ce titre qui sommeille en vous ! Dans cet article, je vous partage une technique éprouvée par les yogis afin de cultiver la non-violence. Mais avant, je vous raconte comment je suis devenu non-violent.

Comment je suis devenu non-violent ?

Pour ma part, c’est arrivé d’un coup sec, comme une révélation. C’était un matin de Juillet. Normal en apparence. Je me suis levé de bonne heure, comme à mon habitude, pour ma pratique matinale de yoga. Tout allait bien. J’ai fait le déjeuner, le café, je me suis occupé des enfants. Tout était normal. J’ai pris l’auto, j’ai déposé les enfants à l’école. Rien à signaler. Quand tout à coup, j’ai été frappé d’une révélation ! J’étais devenu non-violent ! Ni une, ni deux, j’étais devenu aussi cool que Kung-Fu Panda :

Kung-Fu Panda, le plus cool de tous les animaux !


La queue de poisson de la BMW noire sur l’autoroute 73 ? Aucun problème.

La machine à café du bureau qui me bouffe ma dernière pièce ? Paix intérieure.

La file à rallonge à l’épicerie à cause de la petite vieille qui compte ses cennes ? Zen jusqu’aux orteils.

La chicane de mes enfants qui s’égorgent avec du papier de toilette ? Don’t worry, be happy !

Vous vous en doutez, c’est de la bull-shit. On ne se réveille pas non-violent du jour au lendemain. La non-violence, ça se cultive, comme un jardin. Mais avant de vous montrer comment, je fais la lumière sur la violence car étrangement, on n’a pas tous la même définition…

Lumière sur la violence

Qu’est-ce que la violence ? Évidemment, les dictionnaires sont là pour nous aider à répondre à cette question. Mais cela reviendrait à chercher une réponse à l’extérieur de soi alors que je vous propose une définition plus intérieure. Allons-y donc de questions.

Lequel de ces personnages est violent ?

D’après vous, un enfant qui arrache un jouet des mains d’un autre enfant est-il violent ? Une autre qui, pour faire rire la galerie, dit des mots blessants à un camarade de classe, est-elle violente ? Et qu’en est-il de celui qui menace de taper s’il n’obtient pas ce qu’il veut ? Ou même de celui qui tape ?

Et ce monsieur qui dépasse toutes les automobiles sur la route et se rabat à la dernière seconde pour gagner quelques instants précieux ? Et celui qui lui joue du klaxon en réaction à cette queue de poisson ? Ou encore cette dame qui s’emporte après son enfant qui refuse de s’habiller ce matin ? Sont-ils violents ?

À qui la faute si je suis violent ?

Maintenant, si vous demandez à chacun de ces personnages s’ils se considèrent violents, hormis quelques remords passagers, il est fort probable que la réponse soit « non, je ne suis pas violent(e) ! ». Et si l’on creusait moindrement la réponse, il y a fort à parier qu’elle se poursuivrait ainsi :

« ce n’est pas de ma faute si […], c’est à cause de […] ».

Ici, remplacez les trois points par la situation de votre choix : « ce n’est pas de ma faute si je me suis énervé sur mon klaxon, c’est à cause de lui, qui m’a coupé la route ». Ou bien, « oui, bon, je cris un peu après les enfants, mais mettez-vous à ma place. Ils ne sont jamais prêts à temps !»

Homme en colère. Clairement, ce n’est pas de sa faute !


Le problème, ce n’est pas seulement les autres…

En résumé, deux vérités semblent émerger de nos comportements. D’abord, en tant qu’individus, nous ne nous considérons pas particulièrement violents. Ainsi, de notre point de vue, nous reconnaissons qu’il peut y avoir de la violence dans le Monde, mais nous n’en sommes pas responsables. Ensuite, s’il nous arrive des moments d’égarement ou de violence passagère, alors bien souvent, ce n’est pas de notre faute, mais plutôt de la faute de l’autre, du voisin, du facteur, des enfants, de la météo, bref, de tout sauf de nous-même ! Vraiment ? Est-ce vraiment de la faute à la voisine ? Est-elle responsable de mes excès de colère, car son chien défèque dans mon jardin ?

L’échelle de la violence

Prenons un temps d’arrêt ici. Ces quelques paragraphes ont-ils déclenché des émotions en vous ? Étiez-vous en désaccord à la lecture de ces mots ? Agacé ? Mécontent ? Outré, peut-être ? Il est en effet probable que des émotions soient montées puisque le terme lui-même, « la violence », est fortement chargé émotivement. On l’emploierait plus volontiers dans le contexte d’un conflit armé que pour parler d’un emportement passager. Or, la définition que je propose ici se rapporte à l’individu, à notre propre personne et se présente sous la forme d’une échelle de violence, allant des plus petits actes aux plus dramatiques. Élément de consolation, il y aurait donc toujours pire que nous…

La violence intérieure

Jusqu’ici, j’ai abordé la violence extérieure, celle que l’on fait subir aux autres. Mais, il n’y a même pas à aller aussi loin pour trouver de la violence. Il n’y a qu’à écouter notre discours intérieur :

« Quel con, j’ai manqué mon bus, je vais être en retard ! »

« Je suis trop nul, j’ai encore raté mon examen  !»

« Elle ne m’aime pas, je ne suis pas assez bien pour elle ! » ou pire « Personne ne m’aime »

« J’ai des grosses fesses et ça me complexe » ou « J’ai un gros nez, et ça me fait chier »

« Quel idiot, j’ai oublié ma grand-mère sur l’aire d’autoroute ! ». Pour le coup, j’avoue que c’est idiot de retourner la chercher 😉

« J’ai un gros nez, et ça me fait chier ». Crédit photo Braydon Anderson.


En  résumé…

En résumé, je vous propose une définition de la violence qui :

  1. invite à s’observer intérieurement ;

  2. se présente sous la forme d’une échelle d’intensité ;

  3. inclut les gestes mais aussi les paroles ;

  4. peut être dirigée vers les autres comme vers soi-même.

Qu’est-ce que la non-violence ?

Gandhi a probablement été le plus grand ambassadeur de la non-violence dans le Monde. Pas particulièrement grand ni fort, il a révolutionné l’histoire de l’Inde avec cette simple phrase :

« Sois le changement que tu veux voir dans le Monde ».

Cet homme a stimulé un courant pacifiste d’une ampleur sans précédent, qui a eu raison de l’envahisseur britannique. Ça illustre tout le pouvoir, toute la puissance de la non-violence. Au proverbe « œil pour œil, dent pour dent », Gandhi opposa : « tend l’autre joue ». (Écouter l’analyse de l’un de ses discours marquants à la radio de Radio-Canada).

Gandhi, un modèle de non-violence


Est-ce cela la non-violence ? Faut-il s’investir corps et âme à la Paix dans le Monde ? Vous pouvez dormir en paix, il n’y a pas besoin d’aller aussi loin 😉 Comme pour la violence, il existe une échelle de la non-violence. En fait, il appartient à chacun de nous de décider de la place qu’il désire faire à la non-violence dans sa vie. Bien sûr, il y a des règles et des lois dans nos sociétés et certains actes sont définitivement considérés violents, comme les meurtres, les viols, les agressions, etc. Mais il y a aussi des myriades de gestes quotidiens qui laissent place à notre propre interprétation.

Le concept est vaste. Les applications sont multiples. Certaines personnes s’alimentent par exemple selon un régime végétarien afin de préserver la vie des animaux. Les jaïns (religion orientale) vont même jusqu’à balayer le seuil de leur porte pour ne pas écraser d’insecte en sortant de chez eux. Et nous ? Que pouvons-nous faire, à notre échelle, pour intégrer un peu plus de non-violence dans notre quotidien ?

Comment cultiver la non-violence dans notre quotidien ?

Il y a évidemment plusieurs techniques qui existent. Ici, je vous en partage une qui a été utilisée par de nombreux yogis. Elle m’a été transmise par Hélène Doucet-Beaupré et Marie-Daphné Roy, deux professeures de yoga d’expérience. Personnellement, je l’utilise encore car je trouve qu’elle fonctionne bien. En réalité, la technique est très simple. Il s’agit simplement de prendre un papier et un crayon et de répondre à deux questions.

Vous êtes prêts ? Alors, prenez un papier et un crayon. Oui, là tout de suite. Pour cultiver la non-violence, il ne s’agit pas juste de savoir comment, il faut aussi pratiquer ! Il vous faut explorer ces questions par vous-même, à l’aide de ce papier et de ce crayon. Alors, si vous ne les avez pas en main, c’est le temps d’aller les chercher 😉 En une page, répondez aux deux questions suivantes :

Comment cultiver la non-violence envers moi-même par mon discours intérieur ?

Comment cultiver la non-violence avec les autres par mes paroles et par mes gestes ?

Vous êtes maintenant un Kung-Fu Panda en devenir

C’est tout ? Pour cultiver la non-violence il faut répondre à deux questions ? Comme avec le père Fouras dans Fort Boyard ? Et bien, oui et non. Oui, cultiver la non-violence peut être aussi simple que se poser ces questions à soi-même et trouver nos propres réponses, les vraies, celles qui résonnent en nous. Et non, ce n’est pas aussi simple car il ne s’agit pas de faire une fois l’exercice pour que magiquement, nous devenions THE Kung-Fu Panda.

La puissance de ces questions réside dans la réflexion intérieure qu’elles suscitent. Peu à peu, elles nous invitent à prendre conscience de nos paroles et de nos gestes, tant envers nous-mêmes qu’envers  les autres. Grâce à cette réflexion intérieure, nous cheminons sur la voie de la non-violence. Tranquillement, nous devenons plus conscients des impacts de nos paroles et de nos gestes. Et la prise de conscience est une grande partie du chemin !

À mesure que nous prenons conscience, nous nous libérons de nos automatismes, de nos réactions instantanées, et davantage de choix s’offre à nous. Chaque situation offre un choix. Nous avons dès lors le choix de la non-violence. À notre humble échelle, selon nos capacités. Deux évidences. Nous allons tomber le long du chemin. Et nous allons nous relever. N’est-ce pas comme cela que l’on apprend à marcher ? Chaque fois que nous nous relèverons, nous serons un peu plus près du but. Et à notre rythme, nous pourrons œuvrer à être le changement que nous voulons voir dans le Monde. C’est ce que je vous souhaite de tout cœur !

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